Metaclassique #372b – Reprendre

« J’espère, que dis-je, je souhaite, non je suis sûr qu’on vous rendra hommage, en qu’ « hommage » ne soit sans pas le terme suffisant » – voilà une phrase qui a l’air de détricoter ce qu’elle a à peine avancer pour le reprendre en mieux, quitte à ne pas vraiment arriver à le dire. Qu’il aboutisse ou ne réussisse que plus ou moins, cette manière de reprendre en mieux, en tant que figure de style, porte le doux nom d’épanorthose. C’est une des choses que nous apprend Marianne Massin dans l’ouvrage collectif qu’elle co-dirige avec Gaëlle Périot-Bled intitulé Répéter, refaire, reprendre publié par les Presses Universitaires de Rennes.

Pour ce numéro « Reprendre » de Métaclassique, nous accueillons Marianne Massin, mais aussi Alban Framboisier qui a enquêté sur un facteur d’instrument, Auguste Tolbecque, qui cherchait à faire des instruments en mesure de jouer, à la fin du 19è siècle, de la musique du 18è siècle. Alban Framboisier qui a lui-même co-dirigé avec Florence Gétreau et Isabelle His le livre Le son des musiques anciennes (1880-1980) également publié par les Prennes Universitaires de Rennes. 

Une émission montée et reprise par David Christoffel.

Metaclassique #372a – Vernir

The Pastness of the Present and the Presence of the Past, que l’on peut traduire par Le caractère passé du présent et la présence du passé est un texte écrit en 1988 par le musicologue américain Richard Taruskin qui jette un soupçon sur la musique dite « historiquement informé » : au lieu de restituer la musique du 18ème ou du 19ème siècle, les musiciens qui pratiquent sur instrument d’époque, mobilisent des traités anciens et des effectifs historiques, expriment plus encore le goût de leur modernité pour la clarté et une certaine objectivité sonore. Peut-être même que la musique dite « historiquement informé » est alors moins un projet scientifique et historique qu’un phénomène culturel tout ce qu’il y a de plus contemporain. Une quarantaine d’années après Taruskin, la question de l’authenticité pourrait être naturellement remplacée par celle de la sincérité, mais il reste que celles et ceux qui manipulent des enregistrements d’interprètes emblématiques du début du 20ème siècle ou des instruments d’il y a deux cents ans, l’espoir d’en tirer quelques informations sur le goût des anciens continue de planer et de déstabiliser le goût contemporain. Pour ce numéro « Vernir », Metaclassique va donc à la rencontre de deux personnalités qui grattent les certitudes associées auxdits vernis de l’historiquement informé : Antonio Somma qui a soutenu une thèse dans le cadre du Collegium Musicae sur la pratique musicale sur pianos historiques et pour commencer, la pianiste Laura Granero qui s’intéresse aux rouleaux des interprétations de Carl Reinecke et que nous avons interrogée dans le cadre des activités de l’association La Nouvelle Athènes.

Une émission poncée et lissée par David Christoffel.

Metaclassique #371 – Parlonner

Les philosophes qui s’intéressent à la voix doivent questionner le continuum mythique entre la voix parlée et la voix chantée, tout en se rendant à l’évidence qu’une parole n’est pas un chant, quand bien même elle ne va pas sans quelques inflexions dans l’intonation qui, chez certains locuteurs, peuvent aller jusqu’à donner à certains discours des accents chantants. Et alors que certaines paroles se feraient volontiers passer pour des mélodies, une pratique s’est développée dans la seconde moitié du 20ème siècle sous le nom de speechmelody qui renvoie à une technique de composition qui prend la parole comme modèle de la partition musicale.

Ce numéro « Parlonner » de Metaclassique propose de faire l’histoire de ces musiques qui semblent vouloir parler, en procédant à reculons. Nous allons d’abord à la rencontre de la compositrice Felicity Wilcox qui a refait la bande son d’un film de Jean-Luc Godard en imitant les répliques des acteurs par des instruments de musique. Nous nous entretiendrons ensuite avec le trompettiste Jérémy Lecomte qui a signé plusieurs dizaines de vidéos virales où il reprend des paroles de personnalités dont il fait la double prosodique à la trompette, puis avec le guitariste René Lussier qui sortait l’album Le trésor de la langue incontournable dans cette histoire, pour terminer par nous demander avec le musicologue Nicolas Boiffin si le compositeur Hugo Wolf n’est pas une sorte de précurseur de la speechmelody en tant que ses lieder sont justement réputés et ont même pu être critiqués pour avoir des parties piano volontairement très ressemblante aux inflexions déclamatoires des poèmes qu’elles accompagnent. 

Une émission animée et cousue par David Christoffel.

#écriture

Metaclassique #370 – Backlasher

En 1991, le Prix Pulitzert distinguait le livre Backlash. La guerre froide contre les femmes de Susan Faludi qui fait une histoire du féminisme américain du point de vue du « retour de bâton », du « backlash » qui a fait suite aux revendications d’autonomie portées par les féministes des années 1960 et 1970. Si Susan Faludi s’est concentrée sur les discours qui ont voulu dévaloriser les revendications d’émancipation, il y a un backlash musical qui consiste à ridiculiser et caricaturer les féministes en chansons.

Dans ce numéro « Backlasher » de Metaclassique, nous allons tenter de faire un backlash au backlash en procédant à une écoute critique de ces chansons misogynes, ouvertement anti-féministes, avec deux musicologues qui ont bien voulu tirer de leurs thèses respectives les quelques chansons misogynes qui partagent le point commun de vouloir recadrer des revendications féministes dans deux contextes distincts : Catherine Harrison-Boisvert a travaillé sur la façon dont la rhétorique politique des suffragettes a évolué en chanson et Maria Teresa Betancor Abbud qui s’est engagée dans une histoire sonore du mouvement féministe autonome italien (1968-1978) qui a dû faire face à quelques retours de bâton.

Une émission animée et envoyée par David Christoffel.

Metaclassique #369 – Stéréotyper

Comme s’il voulait protéger son opéra Porgy and Bess de quelque sorte de blanchiment, George Gershwin a tenu à ce que son opéra soit toujours joué par des interprètes afro-descendants. Mais dans la mesure où le livret écrit par Ira Gershwin et DuBose Heyward, laisse passer quelques préjugés raciaux dans la construction de ses personnages, il pourrait être tentant et sûrement très légitime de vouloir de déraciser les personnages. C’est notamment ce qu’a proposé Solène Laurent dans un travail mené au CNSMD de Paris qui lui a valu de remporter en 2023 le Prix de la recherche artistique, un prix initié par Anne de Fornel, directrice de la recherche du CNSMD de Lyon, en partenariat avec le CNSMD de Paris, la HEM de Genève, l’HEMU de Lausanne et Metaclassique.

Pour ce numéro « Stéréotyper », nous recevons donc Solène Laurent avec qui nous convenu de co-inviter la chanteuse Marie-Claude Bottius qui a bien voulu se prêter au jeu de lire le mémoire de Solène Laurent et qui est elle-même engagée dans un projet à la découverte des personnages féminins noirs du répertoire lyrique.

Une émission échafaudée et orchestrée par David Christoffel.

Avec la participation du méthodologologue Aurélien Poidevin.

Metaclassique #368 – Doucir

« L’image et celui dont elle est l’image son un, en tant que tels. » écrit Maître Eckhart, pour qui : « La raison de l’image est qu’elle soit expressive de tout son être pleinement, dont elle est l’image, non pas expressive de quelque chose détermine en son modèle ».

Quand il chante Guillaume de Machaut, le chanteur Michael-le Grebil Liberg se projette dans sa voix avec assez douceur pour pouvoir s’y contempler et faire un avec l’image qu’il est en train de produire de la ligne vocale qui est donc en train de l’acter en modèle.

Avant d’avancer plus loin, on peut d’ores et déjà comprendre que, pour rencontrer une justesse d’être en chantant Guillaume de Machaut, la lecture de Maître Eckhart peut donner des éléments de description de l’Ymage. L’Ymage est le titre du coffret que Michael-le Grebil Liberg a publié où l’enregistrement de son interprétation de Guillaume de Machaut s’articule avec un livret qui raconte le cheminement, les lectures, les émotions esthétiques qui se sont assemblées au fil de sa performance de l’œuvre de Machaut.

Au cours de cette émission, nous allons entendre Michael-le Grebil Liberg chanter Machaut, mais aussi revenir sur les références dont il a mûri son approche de l’œuvre de Machaut, dont la douceur manifeste pourrait devenir programmatique. C’est pourquoi, nous avons intitulé cet épisode de Metaclassique « doucir », pour sentir comme cette douceur de l’approche de Machaut par Michael-le Grebil Liberg est à son tour adoucie par les lumières qui surgissent de ses affinités avec la pensée de Georges Didi-Hubermann, Édouard Glissant, Georges Steiner ou encore de cinéastes comme Jean Epstein et Jean-Luc Godard.

Une émission assouplie et dépliée par David Christoffel.

Metaclassique #367 – Visibiliser

Ill. 1. R.-J. Vernay, [Portrait photographique d’Armande de Polignac] publié dans « Armande de Polignac, comtesse Chabannes La Palice », La Vie heureuse, 15 avril 1903, p. 67.

Depuis une quinzaine d’années, les publications se multiplient pour faire connaître le matrimoine musical. C’est comme ça que des noms tels que Elisabeth Jacquet de la Guerre, Armande de Polignac, Emilie Mayer, Lise Christiani ont fait l’objet d’enregistrements, de livres : autant de manières de faire circuler leur travail et de faire connaître leur nom. Mais au moment de chercher de l’iconographie pour ces publications, les éditeurs et éditrices ont souvent un peu de mal à en trouver et, quand ils en trouvent, les images reflètent souvent plus les stéréotypes de genre de l’époque que la personnalité des musiciennes en question. Dans Musiciennes. Enquête sur les femmes et la musique, Hyacinthe Ravet écrit qu’« une différence de valeur persiste au regard de la création artistique entre ce qui est connoté comme féminin ou masculin, voire ce qui est produit par une femme ou par un homme[1]. » C’est dire si la visibilité des compositrices ne saurait se promouvoir en quantité sans s’inquiéter de la manière dont elle est véhiculée. Et puisqu’il est bien entendu que la différence de genre entre un et une symphoniste ne s’entend pas à l’oreille, il peut être symptomatique que les enjeux propres de l’audibilisation ne peuvent venir à bout des biais de la visibilisation. Reste à préciser symptomatique de quoi. Pour ce faire, nous recevons Sarah Hassid et Amandine Lebarbier qui ont coordonné pour le 59è numéro de la revue Sociétés & représentations un dossier intitulé Figures de musiciennes. Mises en scènes, en images et en récits (xixe-xxie siècle).

Une émission voulue et cousue par David Christoffel.

#matrimoine

Figures de musiciennes

[1] Hyacinthe Ravet, Musiciennes. Enquête sur les femmes et la musique, Paris, Autrement, coll. « Mutations/sexe en tous genres », 2011, p. 251.

Metaclassique #366 – Embraquer

Depuis une quinzaine d’années, des pianos sont installés dans les gares. On peut y entendre des pianistes confirmés faire des concerts impromptus en attendant leur train. On peut aussi entendre des pianistes débutants jouer en boucle la musique que Yann Tiersen a composé pour Amélie Poulain. Et puis, il y a des pianistes qui ne sont pas débutants, qui sont même très virtuoses, mais qui n’ont pas encore été dans les conservatoires. En complicité avec la Biennale du piano collectif, Metaclassique est allé à la rencontre de quatre pianistes qui ont commencé à faire de la musique en autodidacte pour ne se présenter au conservatoire qu’après avoir acquis un grand niveau technique et un intérêt prononcé pour Chopin, Liszt et Beethoven. Leurs témoignages seront commentés par le pédagogue du piano Paul Hoguet et le neuropsychologue Hervé Glasel. Un documentaire qui commence à la Gare de Marseille, avec Benoît Le Gall au piano et quelques auditeurs attroupés qui racontent leur histoire avec le piano et avec la musique.

Un documentaire conçu et manoeuvré par David Christoffel.

Metaclassique #365 – Critiquer

En août 2025, dans The New Yorker, la journaliste Kelefa Sanneh se demandait pourquoi la critique musicale n’est plus aussi mordante. Plusieurs hypothèses sont possibles. Une hypothèse certainement pessimiste voudrait que les journalistes sont achetés ou attendent de lettres et ne soient donc plus devenus que des agents publicitaires. Une hypothèse peut-être plus optimiste voudrait que la presse musicale soit entrée dans une ère de bienveillance généralisée et a fini par s’être lassée de blesser les artistes. Alors qu’en disent les critiques, elles et eux-mêmes, celles et ceux qui prennent la plume pour parler des concerts et des disques ont-ils le sentiment de l’adoucir ? C’est à la médiathèque musicale de Paris Christiane Eda-Pierre, que nous recevons trois critiques. Membre de l’association Presse musicale internationale qui fête ses 40 ans en 2026, Gilles Charlassier, Jean-Guillaume Lebrun et Chloë Rouge pour leur soumettre quelques blind tests de critiques.

Une émission coordonnée et animée par David Christoffel.

#jeux

Metaclassique #364 – Agrémenter

#grand siècle

Jouer les pièces de viole de gambe de Marin Marais pose aussitôt la question : faut-il y ajouter des ornements ? La violiste Florence Bolton dit que « c’est sur la musique de Marais que j’ai envie de rajouter le moins d’ornements » pour des raisons essentiellement historiques. Mathilde Vialle ne rajoute que très rarement des ornements pour des raisons plus esthétique, en disant qu’elle trouve cela « très beau comme ça ». François Joubert-Caillet fait même « une distinction entre Marais pédagogue, qui écrit des doigtés, des ornements et des doubles par pur sadisme pédagogique pour faire progresser ses élèves, et Marais “live” qui joue sa musique sur le moment. » – au point qu’il en joue même moins qu’il en est écrit.

Ces trois violistes ont été interrogé sur la question par la violiste Juliette Guichard : élève de Myriam Rignol au CNSMD de Lyon, son travail de master a été lauréat du Prix de la recherche artistique 2025 remis à l’HEMU de Lausanne, en partenariat avec Metaclassique. Et pour soupeser en grand les questions soulevées par son travail, c’est avec les violistes Vittorio Ghielmi et Jonathan Dunford que Juliette Guichard nous a rejoint au studio Alain Trutat de la SCAM pour enregistrer ce numéro « Agrémenter » de Metaclassique.

Une émission organisée et animée par David Christoffel.

Always interesting! Thanks Vittorio Ghielmi!

Metaclassique #363 – Refléter

Quand la musique évoque l’eau, on y entend l’évocation de la nature et voilà qu’on en oublierait presque de répondre à l’invitation à s’y refléter. Faudrait-il être rappelé à l’ordre par les réflexions de Bachelard sur le poète qui regarde dans l’eau pour y trouver une forme littéralement fondamentale d’initiation musicale. Comme dit la musicologue Marie-Pierre Lassus : « Bachelard savait mieux que personne, qu’une musique, qu’un dessin d’enfant, ou même une démarche sentie, quand elle s’accompagne, chez certains êtres, d’un orchestre invisible, communique plus de vie que n’importe quelle analyse, impuissante à exprimer directement ces choses. » En répertoriant tous les noms de musiciens, musicologues et chanteurs cités dans ses livres, la musicologue a non seulement éclairé la sensibilité musicale de Bachelard, mais aussi montré qu’en lecteur des recherches ethnomusicologiques de ses contemporains, sa pensée tient d’une expérience de l’écoute, une manière d’apprendre à entendre. Pour faire un tour d’horizon des goûts musicaux du philosophe et envisager les endroits de sa pensée qui peuvent être travaillés par sa musique, Marie-Pierre Lassus a signé aux Presses du Septentrion, l’étude Gaston Bachelard musicien, et est l’invité de ce numéro « Refléter » de Metaclassique.

Une émission réfléchie et réfléchie par David Christoffel.

#pensées philosophiques de la musique

Metaclassique #362 – Interférer

#potentiel musicologique de la littérature

Il y a bien des raisons qui rendent si compliqué de parler de musique. Comme il y a des gens qui clament que la musique exprime l’inexprimable, tout ce qu’on pourrait chercher à en dire serait d’une pertinence d’avance très limitée ou d’une futilité sans nom. Mais comme il y a encore des gens qui ne s’en laissent pas compter et continuent de faire des émissions de radio bavardes sur des sujets musicaux, on pourrait avoir l’impression d’un faux problème puisqu’on a beau dire, on en parle quand même. Et parce qu’il y a bien des raisons qui rendent si compliqué de parler tout court, on va tenter une expérience : parler de musique depuis des romans où la parole sur les choses importantes n’arrête pas d’interférer avec un environnement très hostile à la parole articulée.

À l’invitation de Phonurgia Nova, Metaclassique est installé dans la librairie éphémère « Le Rayon Manquant » pour interférer avec Anne Savelli qui a publié Musée Marylin et Bruits aux éditions Inculte et tout d’abord Charles Coustille dont le premier roman Bilan de compétence est paru chez Grasset.

Une émission composée et conduite par David Christoffel.

#uchronies #jeux

Ce numéro de Metaclassique est dédié à la mémoire de Jacqueline Schaeffer qui nous a quitté dimanche 4 janvier et qui avait amicalement assisté à l’enregistrement de cette émission, le 1er décembre, à l’occasion de l’inauguration de la librairie éphémère « Le Rayon Manquant ».