Metaclassique #380 – Briller

Qu’on se la représente comme le canon d’une musique exigeante dont la confection repose sur des bases solides ou comme une pensée de la musique adossée à un savoir académique, ce qu’on appelle la « musique classique » se perçoit volontiers comme le contraire de la musique commerciale. Alors qu’en monnayant leurs prestations à des prix faramineux, en adaptant leurs prestations aux circonstances les plus payantes, certaines stars romantiques devenues grands noms de la « musique classique » ont bel et bien joué le jeu d’un vedettariat dont le rappelle vient effriter la frontière bien artificielle qui voudrait distinguer la musique classique d’une part et la musique commerciale d’autre part.

Pour ce numéro « Briller » de Metaclassique, nous sommes installés à la Bibliothèque La Grange-Fleuret pour échanger avec deux musicologues venus évoquer des figures oubliées qui étaient pourtant des vedettes du XIXè siècle : Charles-Valentin Alkan et Sigismund Thalberg. Alkan sera évoqué par Thomas Vernet qui, avec Cécile Reynaud, a réuni une quinzaine d’études pour un ouvrage collectif publié par la Société Française de Musicologie et Thalberg sera évoqué par Rosalba Agresta qui publie aux éditions Hermann, le livre Sigismund Thalberg. Une « star » à l’âge romantique.

Une émission animée et réalisée par David Christoffel.

Metaclassique #379 – Refroidir

Les Inuits chantent et dansent dans le cadre de rituels, pour invoquer les esprits pour que la chasse soit fructueuse, mais leurs chants et danses peuvent aussi intervenir dans des contextes festifs, pour le divertissement. Des explorateurs ont fait des transcriptions de leurs chants dès le 18è siècle, mais la description musicale d’un chant inuit ne peut être précise que si elle arrive à quelque précision sur son contexte. Une pratique peut renvoyer à une manière de chanter qui peut elle-même recouvrir des pratiques différentes : à moins que le chant ne vienne pour les Inuits eux-mêmes faire une liaison entre des temps pourtant distincts, entre rituels et jeux, entre incantations et occupations. Bref, on ne peut pas faire de l’ethnomusicologie sans faire de l’ethnologie tout court, quand bien même ce n’est rien que pour continuer à faire de la musicologie que certains viennent à s’intéresser aux musiques de tradition orale. Tel est le cas de Jean-Jacques Nattiez. Auteur de la somme La musique qui vient du froid aux Presses de l’Université de Montréal, c’est bien en spécialiste de Wagner autant que de Boulez et pour avoir appliqué les méthodes de la sémiologie à la musique qu’il en est arrivé, il y a une cinquantaine d’années, à s’intéresser à la musique des Inuits du point de vue de ses formes et de ses structures, en passant par ses contextes de production et, pour ce faire, de l’histoire des enquêtes dont ces chants ont été l’objet.

Une émission conçue et présentée par David Christoffel.

Consulter les enregistrements associés au livre évoqué dans l’émission.

Metaclassique #378 – Affecter

Dans un traité de 1713, le compositeur Johann Mattheson donnait à chaque tonalité un caractère : le Do Majeur « a un caractère plutôt grossier et effronté, mais propre aux réjouissances », alors que le Do mineur « est une tonalité très charmante, mais aussi très triste ». Le Ré Majeur est par nature un peu vif et obstiné (…), adapté pour les choses drôles, belligérantes et encourageantes », le ré mineur « quelque chose d’humble et de calme ».

Haendel a bien connu Mattheson et semble s’être largement inspiré de cette théorie des affects associés aux couleurs tonales et donne aux airs de ses opéras des teintes affectives spécifiques C’est en prenant le filtre des héroïnes qui prennent le devant de la scène de ses 42 opéras que nous allons frayer un chemin au cours de ces affetti avec Yseult Martinez qui singe aux éditions Classiques Garnier, le livre Haendel et ses héroïnes.

Une émission animée et réalisée par David Christoffel.

#18ème siècle

Metaclassique #377 – Déphaser

Dans le livre Penser comme un champion, Donald Trump – ou l’un de ses ghost writers – écrit : « Je me suis intéressé à Steve Reich, le compositeur a l’origine de la technique musicale appelée déphasage (phasing), comparable au mouvement des essuie-glaces – synchronisé un moment, et plus ensuite. Apparemment, il était coincé dans un embouteillage un jour de pluie lorsque son attention se fixa sur le rythme des essuie-glaces de sa voiture. I] appliqua ensuite ce qu’il avait observé à ses compositions musicales. Steve Reich a eu une influence significative sur la musique contemporaine, et je pense qu’il est un formidable exemple de ce qu’est un inventeur. Parfois, regarder quelque chose d’aussi banal et fonctionnel que des essuie-glaces peut faire jaillir des idées nouvelles. Le secret est de rester attentif et de laisser votre esprit et vos sens réceptifs a de nouveaux stimuli. »

Dit comme ça, le déphasage est une de ces inventions musicales dont le chemin de la découverte est appelé à donner l’exemple aux winners qui ne savent pas encore tirer profit de leurs temps mort dans les embouteillages.

Dans ce numéro « Déphaser » de Métaclassique, nous allons instruire plus en détail et plus musicologiquement l’histoire du déphasage et de sa découverte qui n’est le seul fait de Steve Reich, qui est peut-être même surtout le fait de Terry Riley. Pour ce faire, c’est installé à la Médiathèque Musicale de Paris Christian Eda-Pierre que nous accueillons l’écrivain Jean-Louis Tallon qui a consacré aux éditions Le mot et le reste une monographie à Terry Riley et le chef d’orchestre et compositeur Jean-Paul Dessy qui a eu l’occasion de travailler avec Terry Riley.

Une émission dédédéphasée par David Christoffel.

Metaclassique #376 – Solsifier

«Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do» tient lieu de B.A.BA de la musique. Comme on apprend les 26 lettres de l’alphabet pour apprendre à lire, on parcourt les sept notes de la gamme «Do, ré, mi, fa, sol, la, si» comme la base du langage musical, au risque de croire que cette série de sept syllabes serait la base de toute musique. La gamme à sept tons pourrait d’ailleurs passer pour un marqueur de la musique occidentale. Et même si, en Occident, la gamme n’a pas toujours eu sept hauteurs de référence, il y a eu toute une période où on n’avait que Do, Ré, Mi, Fa, Sol, La.

Ce numéro « Solsifier » de Metaclassique, se propose de retracer l’histoire de l’apparition de la septième note qui, avant d’être réellement une note, a d’abord été une septième syllabe dont on a longtemps dit qu’elle avait été inventée en 1666, justement l’année du millénaire qui avait le plus de fois le son Si pour comprendre pourquoi et comment la transition a opéré, nous allons passer une heure avec le musicologue Grégory Rauber, qui est l’auteur aux éditions Brepols du livre Chanté par le Si en France au XVIIe siècle.

Une émission construite et animée par David Christoffel.

Metaclassique #375 – Réhabiliter

Il y a quatre-vingt dix ans, en 1936, Marius Casadesus enregistrait Les Caquets, un rondo du Chevalier de Saint-George. ll y a soixante dix ans, en 1957, l’ensemble instrumental Jean-Marie Leclair enregistrait une Symphonie concertante du Chevalier qui avait compté parmi les élèves de Jean-Marie Leclair. Il y a cinquante ans, en 1976, Jean-Jacques Kantorow enregistrait les Concertos pour violon de Saint-George. Il y a trente ans, en 1996, Emil Smidak faisait paraître un livre intitulé Joseph Bologne, appelé Chevalier de Saint-George qui inaugurait un travail de réhabilitation dans lequel il a été suivi au cours des 30 dernières années : avec les livres d’Alain Guesdé, Claude Ribbe, Michelle Garnier-Panafieu, Gabriel Banat ou encore Pierre Bardin. Depuis, le Chevalier a aussi fait l’objet d’un documentaire de Martin Mirabel, d’un biopic produit par Disney… Au cours de ces nombreux travaux de réhabilitation, la question des origines du compositeur est discutée, nuancée, mise en perspective, jusqu’à se demander si elle ne devient parfois sur-déterminante de l’intérêt porté à un musicien dont le génie devrait suffire à susciter la curiosité. 

Pour ce numéro « Réhabiliter » de Metaclassique, nous avons surtout interrogé les interprètes qui abordent l’oeuvre de Saint-George aujourd’hui et la manière dont ils peuvent négocier avec les questions de l’héritage guadeloupéen du compositeur. Au cours de cette émission, vous allez pouvoir entendre la pianiste Mylène Alexis-Garel qui participe à la redécouverte musicale de Saint-George, l’historien Luc Nemeth qui s’est intéressé à l’état civil du compositeur, le chanteur Fabrice di Falco qui répond aux de la chercheuse Christy Pichichero, le musicien Issa Drumy qui se demande si, au lieu de faire du reggae, il n’aurait pas fait de la musique s’il n’avait connu le Chevalier de Saint-George plus tôt. Et pour commencer, nous allons à la rencontre du pianiste Jens Barnieck et Elianne Schiedmayer qui a accueilli l’enregistrement d’un disque des pièces pour piano et violon de celui qui, au départ, s’appelait Joseph Bologne.

Une émission voulue et réalisée par David Christoffel.

#18ème siècle

Metaclassique #374 – Indexer

En remettant les noms, les mots clés, les notions, les idées dans l’ordre alphabétique, l’index donne l’impression de réinitialiser la lecture, en même temps qu’il brasse tout ça dans un sens aléatoire. C’est-à-dire que la remise en ordre alphabétique est aussi une mise en désordre qui peut s’entendre d’autant plus jubilatoire qu’elle est soigneuse. Et si, pour de vrai, on remettait en ordre alphabétique l’Avare de Molière, la Bible, La Recherche de Proust ou le Voyage d’hiver de Schubert. Tel est le programme de ce numéro « Indexer » de Metaclassique au cours duquel vous pourrez même entendre, en fin d’émission, une création mondiale de La Marseillaise alphabétique intégrale. D’ici là, vous allez pouvoir entendre six artistes, que je vais donc nommer dans l’ordre alphabétique : Orlando Bass qui a composé la Marseillaise remise en ordre alphabétique et la joue au piano avec Coline Infante. Nicolas Lelièvre qui a mis dans l’ordre alphabétique chez côté de Du Swann, le premier livre d’À du la perdu recherche temps de Marcel Proust, Franck Mas qui a eu l’idée de mettre en ordre alphabétique L’Avare de Molière, puis la Bible et enfin La Marseillaise, la poéticienne tendance critique créative Sophie Rabau qui a soumis l’idée de pratiquer l’index des noms de La Recherche de Proust comme une partition à Marianne Seleskovitch.

Une émission désassemblée et réassemblée par David Christoffel.

#jeux

Metaclassique #373 – Couper

Dans le volume collectif The Arab Avant-Garde, Michaël Khoury consacre un article à Halim El-Dabh un musicien et créateur né au Caire en 1921 qu’il présente comme le créateur de « la première pièce dans le style de la musique concrète » – une pièce composée en 1944, soit quatre ans avant les Cinq études de bruits de Pierre Schaeffer. En utilisant des techniques radiophoniques pour produire des objets musicaux dès 1944, l’œuvre d’Halim El-Dabh vient donc troubler la généalogie de la musique concrète. Ce correctif porte à préciser les contours de ce qu’on appelle la musique concrète pour chercher de quel côté de ces contours les œuvres d’Halim El-Dabh peuvent se situer et peut-être plus urgemment encore à documenter plus à fond la démarche musicale d’Halim El-Dabh pour voir qu’elle se situe dans une autre histoire, entre le Caire et New York. En tous les cas, cela donne envie de faire plus ample connaissance avec l’œuvre d’Halim El-Dabh qui est mort aux Etats-Unis en 2017.

Installés à la Bibliothèque publique d’information, nous recevons l’ethnomusicologue spécialiste des musiques qui se pratiquent aujourd’hui en Egypte Séverine Gabry-Thienpont et l’anthropologue de la musique Nicolas Puig qui s’est entretenu avec Halim El-Dabh. Et puis nous établirons la liaison avec Jonathan Goldman, professeur-titulaire en musicologie à la Faculté de musique de l’Université de Montréal.

Une émission préparée et menée par David Christoffel.

Metaclassique #372b – Reprendre

« J’espère, que dis-je, je souhaite, non je suis sûr qu’on vous rendra hommage, en qu’ « hommage » ne soit sans pas le terme suffisant » – voilà une phrase qui a l’air de détricoter ce qu’elle a à peine avancer pour le reprendre en mieux, quitte à ne pas vraiment arriver à le dire. Qu’il aboutisse ou ne réussisse que plus ou moins, cette manière de reprendre en mieux, en tant que figure de style, porte le doux nom d’épanorthose. C’est une des choses que nous apprend Marianne Massin dans l’ouvrage collectif qu’elle co-dirige avec Gaëlle Périot-Bled intitulé Répéter, refaire, reprendre publié par les Presses Universitaires de Rennes.

Pour ce numéro « Reprendre » de Métaclassique, nous accueillons Marianne Massin, mais aussi Alban Framboisier qui a enquêté sur un facteur d’instrument, Auguste Tolbecque, qui cherchait à faire des instruments en mesure de jouer, à la fin du 19è siècle, de la musique du 18è siècle. Alban Framboisier qui a lui-même co-dirigé avec Florence Gétreau et Isabelle His le livre Le son des musiques anciennes (1880-1980) également publié par les Prennes Universitaires de Rennes. 

Une émission montée et reprise par David Christoffel.

#18ème siècle

Metaclassique #372a – Vernir

The Pastness of the Present and the Presence of the Past, que l’on peut traduire par Le caractère passé du présent et la présence du passé est un texte écrit en 1988 par le musicologue américain Richard Taruskin qui jette un soupçon sur la musique dite « historiquement informé » : au lieu de restituer la musique du 18ème ou du 19ème siècle, les musiciens qui pratiquent sur instrument d’époque, mobilisent des traités anciens et des effectifs historiques, expriment plus encore le goût de leur modernité pour la clarté et une certaine objectivité sonore. Peut-être même que la musique dite « historiquement informé » est alors moins un projet scientifique et historique qu’un phénomène culturel tout ce qu’il y a de plus contemporain. Une quarantaine d’années après Taruskin, la question de l’authenticité pourrait être naturellement remplacée par celle de la sincérité, mais il reste que celles et ceux qui manipulent des enregistrements d’interprètes emblématiques du début du 20ème siècle ou des instruments d’il y a deux cents ans, l’espoir d’en tirer quelques informations sur le goût des anciens continue de planer et de déstabiliser le goût contemporain. Pour ce numéro « Vernir », Metaclassique va donc à la rencontre de deux personnalités qui grattent les certitudes associées auxdits vernis de l’historiquement informé : Antonio Somma qui a soutenu une thèse dans le cadre du Collegium Musicae sur la pratique musicale sur pianos historiques et pour commencer, la pianiste Laura Granero qui s’intéresse aux rouleaux des interprétations de Carl Reinecke et que nous avons interrogée dans le cadre des activités de l’association La Nouvelle Athènes.

Une émission poncée et lissée par David Christoffel.

Metaclassique #371 – Parlonner

Les philosophes qui s’intéressent à la voix doivent questionner le continuum mythique entre la voix parlée et la voix chantée, tout en se rendant à l’évidence qu’une parole n’est pas un chant, quand bien même elle ne va pas sans quelques inflexions dans l’intonation qui, chez certains locuteurs, peuvent aller jusqu’à donner à certains discours des accents chantants. Et alors que certaines paroles se feraient volontiers passer pour des mélodies, une pratique s’est développée dans la seconde moitié du 20ème siècle sous le nom de speechmelody qui renvoie à une technique de composition qui prend la parole comme modèle de la partition musicale.

Ce numéro « Parlonner » de Metaclassique propose de faire l’histoire de ces musiques qui semblent vouloir parler, en procédant à reculons. Nous allons d’abord à la rencontre de la compositrice Felicity Wilcox qui a refait la bande son d’un film de Jean-Luc Godard en imitant les répliques des acteurs par des instruments de musique. Nous nous entretiendrons ensuite avec le trompettiste Jérémy Lecomte qui a signé plusieurs dizaines de vidéos virales où il reprend des paroles de personnalités dont il fait la double prosodique à la trompette, puis avec le guitariste René Lussier qui sortait l’album Le trésor de la langue incontournable dans cette histoire, pour terminer par nous demander avec le musicologue Nicolas Boiffin si le compositeur Hugo Wolf n’est pas une sorte de précurseur de la speechmelody en tant que ses lieder sont justement réputés et ont même pu être critiqués pour avoir des parties piano volontairement très ressemblante aux inflexions déclamatoires des poèmes qu’elles accompagnent. 

Une émission animée et cousue par David Christoffel.

#écriture

Metaclassique #370 – Backlasher

En 1991, le Prix Pulitzert distinguait le livre Backlash. La guerre froide contre les femmes de Susan Faludi qui fait une histoire du féminisme américain du point de vue du « retour de bâton », du « backlash » qui a fait suite aux revendications d’autonomie portées par les féministes des années 1960 et 1970. Si Susan Faludi s’est concentrée sur les discours qui ont voulu dévaloriser les revendications d’émancipation, il y a un backlash musical qui consiste à ridiculiser et caricaturer les féministes en chansons.

Dans ce numéro « Backlasher » de Metaclassique, nous allons tenter de faire un backlash au backlash en procédant à une écoute critique de ces chansons misogynes, ouvertement anti-féministes, avec deux musicologues qui ont bien voulu tirer de leurs thèses respectives les quelques chansons misogynes qui partagent le point commun de vouloir recadrer des revendications féministes dans deux contextes distincts : Catherine Harrison-Boisvert a travaillé sur la façon dont la rhétorique politique des suffragettes a évolué en chanson et Maria Teresa Betancor Abbud qui s’est engagée dans une histoire sonore du mouvement féministe autonome italien (1968-1978) qui a dû faire face à quelques retours de bâton.

Une émission animée et envoyée par David Christoffel.