
Quand frédéric dumond a dit à Esther Ferrer, « Changer de position », elle a répondu :
« Moi je change tout le temps de position. De position dans le lit, parce que j’ai beaucoup d’insomnies, alors je change beaucoup de position, absolument. Est-ce que j’ai changé de position par rapport à l’art, par exemple ? Je ne crois pas. Tu me demandes position dans tous les sens, si c’est seulement physique j’ai changé de position je ne sais pas combien de fois depuis qu’on est là, mais si c’est mentalement… J’ai changé de position, par exemple, vis-à-vis de la musique, et ça grâce à deux facteurs. John Cage a changé complètement l’idée que je me faisais de la musique. Cage disait : « Si un bruit te dérange, écoute-le deux minutes, s’il te dérange encore, écoute-le trois minutes, etc. il arrivera un moment où tu l’écouteras comme de la musique ». Un jour, il y a beaucoup d’années, je devais faire un scanner. J’ai commencé le scanner, à l’époque ça faisait beaucoup de bruit. Et j’ai pensé à Cage, et je me suis dit : « je vais l’écouter comme de la musique » et je te jure que quand l’opérateur du scanner m’a dit : « C’est fini », j’ai trouvé ça super court, je ne m’étais pas rendue compte, j’étais dans l’écoute. Et cette expérience, par rapport à Cage, ça
a été définitif dans mon rapport à la musique. J’ai continué à avoir mon goût pour la musique bien sûr, mais savoir écouter le bruit de ce monde comme si c’était de la musique, ça c’est Cage qui me l’a révélé. »
À l’heure où cet entretien est publié par les éditions Vroum dans un livre intitulé ACTION !, un chemin en performances, nous sommes allés, avec frédéric dumond, à la rencontre d’Esther Ferrer pour évoquer sa pensée de la performance et de ses liens avec la musique de Satie, de son mari, Tom Johnson et de John Cage.
Une émission de David Christoffel.

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